Proposition de Pacte de gouvernabilité
Sont-ils sérieux?
Prenant pour base la situation catastrophique et désastreuse qu’énumère le document, le président, cherchant à sauver son mandat, a chargé le premier ministre d’établir un dialogue national entre Haïtiens pour aboutir à une sortie de crise par une entente nationale sur des violations constitutionnelles.
Ce document publié en décembre 2018, mais dont copie ne m’est parvenue que récemment, démontre l’irréalisme et le manque de sérieux de ses auteurs et les violations répétées de la Constitution. Le Président, suite aux récents évènements, décrié et chahuté partout, avait pourtant dit être à l’écoute des revendications et protestations populaires, ce qui l’amène àconsidérer des solutions extra constitutionnelles.
Rien dans ce document ne semble répondre à ces demandes. Que d’apaiser la clameur publique, il jette de l’huile sur le feu.
Faisons-en une brève analyse.
Les parties prenantes? Il ne faut pas, à l’instar de la Commission sur les amendements constitutionnels, simplement dire que des secteurs représentatifs ont participé à des rencontres avec le premier ministre. Quelles sont ces parties prenantes, qui les représentait? Quelles furent les dates de ces réunions? Où se sont-elles tenues? L’une des revendications populaires est plus de transparence dans la gestion qui se fait au nom du peuple. Ce début n’inspire aucune confiance.
Les intervenants (?) se donnent 3 ans pour finaliser ce dialogue. Est-ce une façon d’assurer que le mandat du président sera respecté? S’il faut 3 ans pour aboutir à une entente, il n’y a donc aucune urgence, il n’y a pas de crise. Est-ce aussi une façon d’engager le prochain gouvernement à exécuter un programme que le président actuel n’a pas pu exécuter durant son mandat?
Ce pacte de gouvernabilité espère résoudre la crise par la mise en place d’une fraude constitutionnelle.
La seule façon d’engager le peuple dans une solution extra constitutionnelle est de lui redonner son pouvoir constituant.
S’il faut que le peuple soit complice de violations constitutionnelles, il ne peut le faire que s’il redevient souverain. Ceci ne peut se faire qu’à travers la tenue d’une conférence nationale SOUVERAINE. C’est à dire que ses décisions sont imposables à tous. Aucun sujet ne peut être tabou. Tout doit être sur la table: mandat, programme, composition du gouvernement etc.
On ne saurait inviter le peuple à être complice de violations pour sauver un gouvernement impopulaire et décrié sans lui redonner ces pouvoirs.
Vouloir former un gouvernement d’ouverture (n’est-il pas déjà ouvert?) par le pouvoir actuel, n’est-ce pas se moquer du monde? N’est-ce pas le pouvoir actuel qui est si décrié qu’une solution extra constitutionnelle est considérée? Peut-on laisser à l’actuel gouvernement la responsabilité de se remplacer lui-même? Allez comprendre!
Toutes les propositions mentionnées dans ce document sont anticonstitutionnelles ou révèlent la faiblesse de l’actuel administration et son incapacité à accomplir ses responsabilités constitutionnelles. Qu’il s’agisse du Conseil Electoral qui se doit d’être permanent et pour lequel le Sénat a déjà suivi les exigences constitutionnelles. Que ce soit dans ses aspects sociaux et économiques, dans sa soi-disant lutte contre le gaspillage et l’impunité, ou dans son inaction relative au procès Petro Caribe.
L’aide et la collaboration de la société ne peuvent se faire que sur la base de patriotisme et pour les beaux yeux du gouvernement. Le président actuel doit être prêt à faire des concessions dans le domaine du pouvoir. Il doit accepter de risquer son mandat en le mettant en jeu et en acceptant les décisions d’une assemblée souveraine sur tous les domaines. Une transition est possible sous l’égide du Chef d’État, moyennant que tout soit mis sur la table excepté, peut-être, la durée de son mandat. Rien d’autre.