EXTRAIT DE CONTREPOINTS
LE DROIT DE RÉVOCATION OU LA REVANCHE CONTRE L’IRRESPONSABILITÉ DU PRÉSIDENT
À regarder de plus près les revendications constitutionnelles brandies par les Gilets jaunes, ces dernières ont paradoxalement moins pour objectif de modifier en profondeur notre Constitution que de renouer avec l’esprit qui la guidait originellement. Lors de l’élaboration de la VeRépublique, le mot d’ordre suivi par le Général de Gaulle était simple : pas de pouvoir sans responsabilité, pas de responsabilité sans pouvoir. Si le président de la République est la clef de voûte des institutions, c’est en raison d’une légitimité démocratique propre, qu’il tire depuis 1962 de son élection au suffrage universel direct, et parce qu’il est responsable politiquement devant le peuple. Par conséquent, si sa légitimité devait être écornée en cours de mandat, le Président n’a d’autre solution que la démission. C’est exactement la raison pour laquelle De Gaulle a immédiatement cessé d’exercer ses fonctions en 1969, conséquence de son désaveu lors du référendum sur la réforme du Sénat qu’il avait choisi de soumettre à l’approbation du peuple.
Or, qu’observe-t-on sans relâche depuis une quarantaine d’années ? Une succession de présidents de la République qui, malgré les débâcles électorales subies durant leurs mandats, en ont occulté les conséquences politiques. La réforme du quinquennat n’a rien arrangé, supprimant les élections législatives de mi-mandat qui permettaient au peuple de renouveler ou non sa confiance à la majorité présidentielle.
À l’aune de cet état de fait, il n’est nullement étonnant de voir apparaître, dans l’arsenal brandi par les Gilets jaunes, un droit de révocation à l’encontre du président de la République. Une telle exigence n’aurait probablement jamais émergé si les anciens Présidents avaient respecté la pratique gaullienne, en tirant les conséquences de leurs revers électoraux plutôt qu’en s’accrochant coûte que coûte à leur mandat comme à une bouée de sauvetage. Le droit de révocation n’est aujourd’hui que le rejeton non désiré d’une fonction présidentielle qui s’est progressivement déliée de sa responsabilité politique.