Dialogue…

Dialogue, dialogue, dialogue. On ne parle que de cela en Haïti.

A quoi servent les dialogues? A dialoguer, rien qu’a dialoguer s’ils ne sont pas accompagner de décisions contraignantes pour toutes les parties.

Il suffit de suivre ces dialogues du Conseil de Sécurité de l’Onu quand un veto d’un des 4 membres permanents peut empêcher toute résolution contraignantes. Avant mémé de se réunir ils savent déjà les positions de chacun de ces pays. Ils ne se servent donc de cette opportunité pour faire valoir leur position au niveau international sachant que cela ne changera pas la situation.

Nos dialogues haïtiens ne sont pas différents tant que le président détient son veto. Ils ne changeront pas les opinions bien arrêtées avant de s’asseoir. Les participants s’en servent comme tribune pour se faire connaître rien d’autre. Pour que ces réunions sociales aient une portée, il faut éliminer tous les vetos. 

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Analyse du Pace de Gouvernabilité

Proposition de Pacte de gouvernabilité

Sont-ils sérieux?

Prenant pour base la situation catastrophique et désastreuse qu’énumère le document, le président, cherchant à sauver son mandat, a chargé le premier ministre d’établir un dialogue national entre Haïtiens pour aboutir à une sortie de crise par une entente nationale sur des violations constitutionnelles. 

Ce document publié en décembre 2018, mais dont copie ne m’est parvenue que récemment, démontre l’irréalisme et le manque de sérieux de ses auteurs et les violations répétées de la Constitution. Le Président, suite aux récents évènements, décrié et chahuté partout, avait pourtant dit être à l’écoute des revendications et protestations populaires, ce qui l’amène àconsidérer des solutions extra constitutionnelles.

Rien dans ce document ne semble répondre à ces demandes. Que d’apaiser la clameur publique, il jette de l’huile sur le feu. 

Faisons-en une brève analyse.

Les parties prenantes? Il ne faut pas, à l’instar de la Commission sur les amendements constitutionnels, simplement dire que des secteurs représentatifs ont participé à des rencontres avec le premier ministre.  Quelles sont ces parties prenantes, qui les représentait? Quelles furent les dates de ces réunions? Où se sont-elles tenues? L’une des revendications populaires est plus de transparence dans la gestion qui se fait au nom du peuple. Ce début n’inspire aucune confiance. 

Les intervenants (?) se donnent 3 ans pour finaliser ce dialogue. Est-ce une façon d’assurer que le mandat du président sera respecté? S’il faut 3 ans pour aboutir à une entente, il n’y a donc aucune urgence, il n’y a pas de crise. Est-ce aussi une façon d’engager le prochain gouvernement à exécuter un programme que le président actuel n’a pas pu exécuter durant son mandat?

Ce pacte de gouvernabilité espère résoudre la crise par la mise en place d’une fraude constitutionnelle.  

La seule façon d’engager le peuple dans une solution extra constitutionnelle est de lui redonner son pouvoir constituant. 

S’il faut que le peuple soit complice de violations constitutionnelles, il ne peut le faire que s’il redevient souverain. Ceci ne peut se faire qu’à travers la tenue d’une conférence nationale SOUVERAINE.  C’est à dire que ses décisions sont imposables à tous. Aucun sujet ne peut être tabou. Tout doit être sur la table:  mandat, programme, composition du gouvernement etc.

On ne saurait inviter le peuple à être complice de violations pour sauver un gouvernement impopulaire et décrié sans lui redonner ces pouvoirs.

Vouloir former un gouvernement d’ouverture (n’est-il pas déjà ouvert?) par le pouvoir actuel, n’est-ce pas se moquer du monde? N’est-ce pas le pouvoir actuel qui est si décrié qu’une solution extra constitutionnelle est considérée? Peut-on laisser à l’actuel gouvernement la responsabilité de se remplacer lui-même? Allez comprendre!

Toutes les propositions mentionnées dans ce document sont anticonstitutionnelles ou révèlent la faiblesse de l’actuel administration et son incapacité à accomplir ses responsabilités constitutionnelles.  Qu’il s’agisse du Conseil Electoral qui se doit d’être permanent et pour lequel le Sénat a déjà suivi les exigences constitutionnelles. Que ce soit dans ses aspects sociaux et économiques, dans sa soi-disant lutte contre le gaspillage et l’impunité, ou dans son inaction relative au procès Petro Caribe.

L’aide et la collaboration de la société ne peuvent se faire que sur la base de patriotisme et pour les beaux yeux du gouvernement. Le président actuel doit être prêt à faire des concessions dans le domaine du pouvoir. Il doit accepter de risquer son mandat en le mettant en jeu et en acceptant les décisions d’une assemblée souveraine sur tous les domaines.  Une transition est possible sous l’égide du Chef d’État, moyennant que tout soit mis sur la table excepté, peut-être, la durée de son mandat. Rien d’autre. 

Une troisieme revendication

Cet appel à la concertation, au dialogue, au « tet ansam » dans une Conférence Nationale est venu se greffer à ce désire des Petro Challengers de voir l’enquête PetroCaribe aboutir dans un procès équitable et juste. 

Mais ces appels mille fois lancés par des Haïtiens, la plupart de vrais patriotes, même s’ils sont entendus, ne seront jamais suivis d’effet pour une simple mais importante raison : la confiance en ceux qui pourraient, qui devraient les organiser n’existe plus. Le patriotisme ne va pas jusqu’à la folie : personne n’ira se jeter dans la gueule du loup?

Cet ainsi que devant ce constat, une troisième revendication aussi juste que logique prend corps : le Rache Manyok! Elle découle de cette réalité que certaines personnes visées par ce procès ou par des décisions d’une Conférence Nationale « souveraine » sont très influentes, sont encore au timon des affaires ou proches,très prochesde ceux qui détiennent le pouvoir. 

C’était se leurrer que de penser qu’il suffirait de faire appel au patriotisme de ceux visés par la démarche pour qu’ils se retirent paisiblement et se soumettent à la justice ou abandonnent de gré leurs avantages.  

La réalité les a vite rejoint nos instigateurs. Aucune manifestation pacifique, aucun discours aussi émouvant qu’il puisse être n’obtiendra que des criminels de toute sorte se rendent volontairement, pacifiquement aux justes revendications de citoyens qui ne disposent d’aucun moyen pour les y contraindre dans un contexte démocratique.

Est-ce pourquoi ces nobles mouvements, « Kote Kob Petro Caribe la » et Conférence Nationale, ont pris cette troisième dimension : le Rache Manyok!

Et la raison est simple : la seule force contraignante capable d’assurer cette sécurité réside dans un pouvoir réfractaire au changement. Il faut donc le changer. 

Ah! Les vœux pieux.

Il faut emprunter la voie du dialogue s’époumonent à demander nos paisibles citoyens. Mais constamment ils se font rouler dans de la farine. Discours après discours nos dirigeants les plus visés reprennent les mêmes appels au dialogue et au calme et font de nouvelles promesses. 

Tant que cela reste au niveau de la parole, ils diront tout ce que vous aimeriez entendre, façon de faire baisser la tension et de leur donner quelques mois de plus de sursis. Leur stratégie est de parvenir à épuiser l’opposition. Cette stratégie n’est pas mauvaise car tous les secteurs qui dépendent de la normalité se désolidariseront des opposants. Les appels aux grèves et manifestations ne feront plus recette dans l’immédiat. Mais la dégradation de la situation continuera et les manifs et protestations reprendront de plus belle. 

Nos paisibles patriotes devraient prendre un moment de réflexion et répondre à ces questions en toute sincérité. 

Si vous étiez visé parmi ceux qui ont grugé l’Etat et que vous étiez encore au pouvoir, accepteriez vous d’organiser un procès Petro Caribe?

Si vous jouissiez des avantages du pouvoir accepteriez vous pacifiquement d’abandonner ce pouvoir ?

Si vous étiez parmi ces parlementaires décriés accepteriez vous d’être renvoyé par une quelconque conférence nationale souveraine?

Si vous étiez invité à rejoindre le pouvoir, le feriez vous dans les présentes conditions ?

Si vous étiez intéressé à faire partie d’une Conférence Nationale souveraine, le feriez vous dans les présentes conditions ?

Si vous êtes encore optimiste après ces quelques réflexions, alors dites nous donc comment faire. Mais faites vite.