Dans toute institution il existe une hiérarchie. Et la responsabilité de toute action, bonne ou mauvaise, s’arrête avec le chef. Il en est de même dans notre corps de police. Les connaissances militaires ou policières ne s’improvisent pas. On les obtient par la formation académique et par l’expérience. Cette autorité ne peut donc être donnée à n’importe qui.
L’autorité du commandant doit être absolue. Les ordres se donnent et ne se négocient pas. Les ordres suivent une hiérarchie bien établie et doivent être respectées par tout subalterne. Il ne peut y avoir ordre du commandant et contre ordre par une quelconque autre autorité sans conséquence grave, très grave pour l’institution et la société.
Est-ce pourquoi la constitution interdit formellement que le chef de l’Etat ne commande ces forces en personne. La responsabilité du commandement est investie en la personne du commandant de police dont le choix a été fait par le président et ratifié par le Sénat. Pour mettre ce dernier à l’abri de pressions politiques, il jouit d’un mandat de 3 ans durant lequel il ne peut être révoqué, sauf faute grave ou abus de pouvoir par le Chef de l’Etat.
Mais cela ne le met pas à l’abri de la corruption. Quand les avantages financiers, économiques, sociaux, politiques attachés à la fonction deviennent si importants, le commandant peut ne pas pouvoir résister. Il succombe. Il ne constitue alors plus un contre pouvoir important à la démocratie mais peut au contraire devenir complice d’actes inconstitutionnels.
De toute évidence, cela fait longtemps que DG Gédéon a perdu le contrôle effectif du commandement de la Police Nationale. Tous les récents incidents l’indiquent clairement. Pour moi, ceci est devenu évident à partir de Thiotte où des policiers ont préféré s’enfuir en jetant leurs armes et en laissant bruler leurs 2 véhicules devant une foule qui protestait leur présence. Le comble de l’absurde, ils ont été félicités par le haut commandement et non réprimandés et sanctionnés comme cela se devrait. N’avais-je pas prédit que cela ferait tache d’huile. Depuis, combien de ces situations se sont répétées?
Quelle est la cause de cette perte d’autorité? Provient il du recrutement? Qui sont ces hommes et femmes que nous recrutons? Que sait-on d’eux? Sont-ils de simples individus cherchant du travail? Ont ils ce désire fervent de servir? Aspirent ils à voir l’ordre, la discipline et le respect de l’autorité rétablis en Haiti?
Provient il de l’entrainement. Cet entrainement se limite–t-il au maniement des armes et à la condition physique de nos policiers? La morale, l’éthique l’obéissance l’esprit de corps, l’entre aide leur sont ils enseignés. Se sert–on de cette période d’entrainement pour épurer les mauvais éléments? Le nombre toujours croissant et les équipements toujours plus sophistiqués ne suffisent pas. L’élément humain demeure le plus important de l’équation.
Il faut ajouter que la fonction et la formation des policiers ne répondent pas au standard de la réalité sociopolitique et culturelle des haïtiens. La formation des policiers est basé à 80 pour 100 sur une police de proximité, dont le rôle n’est pas de faire de la répression, mais de rappeler et d’expliquer la règle, en lieu et place d’une police antiémeute dont le rôle est de contenir la violence des foules lors de manifestations, révoltes ou d’émeutes. Il faut aussi une Police de renseignement et d’investigation criminelle.
Provient il d’une faiblesse de caractère du commandant lui même. Est-il soucieux d’un éventuel renouvellement de mandat? Il ne devrait pas. Il devrait se contenter de faire son travail. Seuls les résultats assureront son renouvellement ou pas. Ne sachant rien du personnage je ne saurais me prononcer sur ces qualités. Qu’elles qu’en soient la ou les causes, le résultat est catastrophique. L’ordre, la paix et la sécurité des vies et des biens ne s’améliorent pas, tout au contraire. Le manque de fermeté devant la présence de mercenaires à son insu au sein des forces qu’il devrait commander, le refus de discipliner ses hommes, le manque de support aux policiers en difficulté, le manque de lucidité dans son jugement de vouloir ajouter aux responsabilités de la police la protection des frontières quand il n’a pas les moyens de sécurisés les principales villes et commissariats.
Je reviens avec la nécessitée d’une Armée et du service militaire et civique obligatoire. Cet embryon d’Armée aurait pour principale mission de former nos jeunes, de leur inculquer le sens du devoir, du service public, de la discipline, du respect de la vie humaine, de l’autorité, du savoir vivre ensemble, et d’être en réserve pour tout cas d’urgence.